Un recueil de nouvelles en Savoie

Février 2022

Décidément…

Les montagnes de Savoie nous appellent !

En juin dernier, avec Éric Simard, nous avions quitté cette région magnifique en gardant le délicieux souvenir de belles rencontres, de soirées sympathiques et de vol au-delà des nuages.
Quelques flocons de neige plus tard, nous étions de retour.

La dent de l’Arclusaz sous la neige
La Gare de Lyon et sa magnifique Tour de l’Horloge

Dès les premiers jours de janvier, le dimanche 2 pour être précis, nous nous sommes retrouvés dans le hall de la Gare de Lyon, masqués, prêts à sauter dans le TGV qui devait nous emmener à Chambéry.

La nuit était déjà tombée lorsque nous avons rejoint la Cité des Ducs.
Annick, qui allait être notre hôte attentionnée et bienveillante pendant cette semaine savoyarde, nous a ainsi conduits jusqu’à Saint-Pierre-d’Albigny sous un ciel gris-noir.

Sur la route de Saint-Pierre-d’Albigny

Le lendemain et les jours suivants, nous avons rencontré des enfants dans les écoles des Portes-de-Savoie et de Challes-les-Eaux pour leur raconter nos livres, nos passions, pour écrire, pour dessiner avec eux, et surtout répondre à cette question primordiale : Pourquoi ?

Encre réalisée lors de mes ateliers d’illustration

Le ciel semblait avoir été repeint le matin même, lorsque nous sommes partis en Haute-Savoie le mercredi après-midi.
Sous un soleil éblouissant, nous avons pris la direction du nord pour rejoindre la Vallée Verte, non loin du lac Léman.

La Vallée Verte
Sur la route d’Habère-Lullin

Danielle Favre Lecca, Gérard Capon et Guy Verbois nous attendaient à Habère-Lullin pour nous parler du massacre qui avait eu lieu dans ce village lors de la Seconde Guerre mondiale :

Le soir de Noël 1943, une compagnie de la SS Polizei fit irruption dans un bal clandestin organisé au château d’Habère-Lullin et massacra vingt-quatre jeunes hommes avant d’incendier l’édifice. Un monument fut érigé sur les lieux de ce drame.

Ruines du château
Monument en hommage aux victimes
Ruines du château

Quelques mois auparavant, Éric Simard et Karine Verbois, professeur de français au collège Les Frontailles de Saint-Pierre-d’Albigny avaient initié ce projet :
Deux classes de 3e allaient écrire et illustrer un recueil de nouvelles sur cette tragédie. Alicia Ros, une éditrice de Saint-Pierre, veillerait à la conception de l’ouvrage et le livre serait publié par le collège.

Après les témoignages que nous venions d’entendre, le ciel s’est couvert peu à peu, comme pour étendre son linceul de nuages sur cet horrible évènement du passé. Puis avec la fin du jour, il s’est paré de reflets mordorés juste avant que le soleil ne se couche derrière les montagnes.

Le jeudi matin, au collège de Saint-Pierre-d’Albigny, Éric a mené un atelier d’écriture avec une classe de 3e, pendant que j’enseignais la technique du lavis aux élèves de l’autre groupe.

L’après-midi, nous avons échangé les participants pour qu’ainsi chacun puisse s’impliquer dans le projet en écriture comme en illustration.

Apprendre une technique en deux heures relevait du Speed Painting. Mais ces jeunes artistes se sont plutôt bien débrouillés.

J’ai trouvé leurs forêts particulièrement réussies.

Comme toujours, la semaine est passée trop vite.

L’ouvrage était bien loin d’être terminé, pourtant lors de notre dernière soirée au P’tit Café dans le centre de Saint-Pierre, nous nous sommes promis, avec Karine, Alicia et Éric, de rapidement trouver un nouveau projet à élaborer ensemble.

De gauche à droite : Karine Verbois, professeur de français accoudée à sa table – Éric Simard, auteur penché dans son fauteuil – Alicia Ros, graphiste-éditrice à l’ombre du lapin blanc – Éphémère, illustrateur torsadé en noir et bleu.


Le samedi matin, je quittais Annick et sa chaleureuse maison.
Même voiture, même place, je repris le train vers Paris.
Peu à peu, le long de la voie, la neige se fit plus rare, le ciel plus gris, le temps plus terne.

De retour dans mon atelier, j’ai laissé passer quelques jours avant de commencer l’illustration pour la couverture du recueil.
D’abord un crayonné, puis un autre. Gommer et recommencer, comme toujours. Une première mise en couleur sur palette graphique pour chercher les harmonies. Retracer le dessin sur papier Montval 300g et s’élancer enfin dans la mise en couleur encre/aquarelle avec cette tension que seules procurent les techniques traditionnelles.

Pendant ce temps, au collège, les élèves ont écrit des textes touchants, justes et profonds. Avec leur mots, ils ont su transmettre les sentiments de cette jeunesse au destin tragique, prise dans la tourmente de la guerre.

Ils ont également réalisé de superbes lavis. Des dessins sensibles et inattendus, comme le reflet de ces cohortes humaines dans l’œil du loup témoin des marches de la mort. Des moments de cette histoire qu’ils ont imaginée comme s’il l’avaient vraiment vécue.

Éric et Karine se sont appliqués à relire et à corriger ces textes en proposant à leurs auteurs des modifications qu’ils ont acceptées ou non comme il est d’usage lors de l’édition d’un livre.

Puis Alicia a élaboré la maquette et réalisé la mise en page de l’ouvrage dont elle a assuré le suivi éditorial avant de transmettre les fichiers à l’imprimeur.

Quand tout a été terminé, il ne nous restait plus qu’à attendre.

Bientôt ce livre paraîtra…

…et les élèves pourront être fiers de leur travail.

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